L'écrivain, dont un précédent livre est à l'origine de la crise des caricatures en 2005, publie un nouvel ouvrage qui attaque les religions, notamment l'islam et son prophète

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Deux semaines après les attentats de Copenhague, l'écrivain danois Kaare Bluitgen, à l'origine de l'affaire des caricatures de Mahomet en 2005, auteur de plusieurs livres sur le Coran, a publié vendredi un nouveau roman satirique sur la «folie religieuse» en Arabie au VIIe siècle qui risque de faire du bruit. Il y décrit, entre autres, Mahomet comme «un bouc ivre», «un moment sexuellement impuissant», et marié à «une fille de 9 ans», de quoi provoquer l'ire et la fureur de nombreux musulmans.

En chantier depuis quatre ans, ce recueil de 760 pages est intitulé Le Meilleur Livre, en référence aux quatre grandes religions de l'époque (chrétienne, juive, musulmane et le zoroastrisme), qui défendaient toutes leur livre comme étant le meilleur.

«C'est un roman satirique, explique-t-il, sur cette guerre entre les religions, sur la lutte des classes entre les esclaves et leurs maîtres, sur le racisme entre les Arabes et les Africains, et les références à la vie de Mahomet se résument à quelques pages seulement», mais qui ont fait néanmoins les titres à sensation de la presse locale.

«Sa sortie, programmée depuis longtemps, était prévue le 27 février, bien avant les attentats de Paris et de Copenhague confie-t-il au Figaro. Et Il n'était pas question pour moi de la reporter ni de céder à la peur ou à la panique et de donner ainsi raison aux terroristes. Ils veulent nous contraindre à vivre la peur au ventre, nous empêcher de mener notre vie normale de tous les jours. Mais ils ne réussiront pas. Nous ne plierons pas les genoux», dit-il, en entrant, vélo à la main, dans son appartement non surveillé, après un tour dans son quartier de Norrebro, à forte concentration d'immigrés de confession musulmane.

«Je garde l'esprit serein. Je n'ai pas demandé de protection policière, même au début de la crise des caricatures, mais je suis régulièrement en contact avec les services de renseignement depuis le massacre à Charlie Hebdo», souligne ce gauchiste qui garde profil bas mais qui, néanmoins, «défend bec et ongles la liberté d'expression qui n'a jamais été sous une si forte pression».
Dans sa bibliothèque trône un livre pour enfants, Le Coran et la Vie du prophète Mahomet, qui a provoqué la publication des caricatures de Mahomet dix ans plus tôt. «Je n'avais trouvé aucun dessinateur pour illustrer Mahomet sauf un, mais sous couvert d'anonymat», se rappelle-t-il.

Il s'en est ouvert, en rencontrant fortuitement, un jour de l'été 2005, à Flemming Rose, rédacteur des pages culture du quotidien Jyllands-Posten, qui a décidé de s'attaquer à la «tyrannie du silence»en demandant à quarante caricaturistes de faire des portraits de Mahomet. Une dizaine d'entre eux a accepté de relever ce défi en dessinant les «douze caricatures de Mahomet», entraînant le Danemark dans sa plus grave crise internationale de l'après-guerre et soulevant une tempête de protestations dans le monde musulman, dont les répercussions se font ressentir jusqu'à aujourd'hui.

«J'ai une bonne part de responsabilité dans cette crise, en provoquant la publication de ces caricatures du prophète, mais je ne pouvais accepter à l'époque cette autocensure et qu'on étouffe la liberté d'expression, au nom de la religion», affirme M. Bluitgen. Il «ne regrette nullement d'avoir été à l'origine» de la crise des caricatures et se «désole» de constater l'autocensure qui règne depuis plusieurs années au Danemark. «Lorsque j'écris, je ne pense pas aux réactions que mon livre susciterait, sinon on est paralysé et on ne fait plus rien», assure-t-il, ignorant si Le Meilleur Livre provoquera les foudres des musulmans les plus radicaux. En attendant, son nom est toujours inscrit sur l'interphone de son immeuble, signe qu'il refuse de vivre dans l'ombre et la peur.