Depuis le début de la décennie, certains pays du sud de l'Europe commercialisent des visas de résident auprès de riches investisseurs chinois, russes ou africains. Un business qui alimente évasion fiscale et blanchiment d'argent.

Armand Arton a l'assurance de ceux que les lendemains difficiles n'effraient pas. Costume griffé, regard d'aigle, carrure de hockeyeur. L'homme, qui navigue entre Dubaï et Montréal, fuit les caméras et préfère le secret des cabinets d'avocats d'affaires aux lumières des plateaux de télévision. Il murmure à l'oreille de bon nombre de chefs d'Etat et connaît tout de la vie d'une centaine de milliardaires chinois, russes ou moyen-orientaux.


Son business ? La vente de passeports. Plus précisément, la vente d'une citoyenneté, moyennant un gros chèque pour le pays hôte. Au passage, il touche une commission sur chaque dossier conclu. Ses clients ? Des migrants. Pas ceux qui s'entassent dans des bateaux rouillés et échouent exténués sur les plages de Lampedusa, en Italie. Mais ceux qui voyagent dans le confort ouaté d'une business class et sont prêts à aligner six ou sept zéros afin de s'offrir un passeport européen, gage de tranquillité pour passer les frontières, de sécurité... et de nouvelle vie.

Ce quadragénaire d'origine arménienne, fondateur d'Arton Capital, est un des rois des "golden visas", ces programmes tout à fait légaux mis sur pied par certains pays. Dans un monde globalisé où l'argent n'a pas de drapeau, une vingtaine de petits Etats ont peaufiné de tels "paquets-cadeaux" pour attirer des super-riches dans l'espoir de revigorer leur économie.


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