Morigny-Champigny. Fred, mascotte du quartier, a été tué jeudi dans son appartement



La rue de la Mairie à Morigny-Champigny a été interdite à la circulation jeudi soir. Les policiers tentaient d’entrer dans l’appartement d’un fiché S qui aurait tué son colocataire, un quinquagénaire bien connu dans la commune.

Depuis le 23 mars 2018 et l’attentat de Trèbes (Aude) - qui a fait quatre morts, dont Arnaud Beltrame, le gendarme héroïque, natif d’Etampes et enfant de Chalô-Saint-Mars - même les habitants des plus petits villages sont conscients des risques de la menace terroriste. Et jeudi soir, lorsque la police judiciaire de Versailles (Yvelines) a bloqué toute la rue de la Mairie à Morigny-Champigny, pour une opération « sensible », personne n’a été surpris dans le bourg.
Les enquêteurs tentaient de pénétrer dans l’appartement de Fred, un quinquagénaire, vraisemblablement battu à mort par son colocataire, un homme fiché S âgé d’une trentaine d’années, sorti de prison quelques mois plus tôt. « Il y avait le risque que l’appartement soit piégé », indique une source proche du dossier.
Car c’est l’auteur présumé de cet homicide qui aurait lui-même téléphoné aux policiers quelques minutes plus tôt, leur expliquant qu’il avait frappé celui qui l’hébergeait, et qu’il était mort sous ses coups. Il est aujourd’hui activement recherché, tout comme l’un de ses amis qui logeait juste en dessous et dont le niveau d’implication dans les faits reste à déterminer. « On nous a demandé de fermer notre établissement durant l’intervention de la police et nos clients ne devaient pas sortir », relate la gérante du bar de la Mairie.





«On était inquiets, pour nous comme pour Fred»

En ville, nombreux sont ceux qui ont eu « des mots » avec l’un des hommes en fuite. « Ils étaient radicalisés tous les deux, assure un voisin. On entendait qu’ils regardaient des vidéos de propagande, depuis quelques mois, ça avait remplacé les disques de Sardou dont Fred était un fan. » « L’un des deux se promenait en djellaba et parlait mal », reprend un autre. « On était inquiets, pour nous comme pour Fred », confie un troisième.

Car la victime est un personnage dans ce village : placé sous curatelle et sous traitement médical, il ne travaillait pas et passait ses journées dehors à discuter avec tous les habitants. « Il était d’une telle gentillesse, le cœur sur la main, il faisait les courses de tout le monde », rapporte une retraitée. « Il demandait une cigarette et puis entamait la discussion », sourit un proche.
La victime ne sortait plus depuis plusieurs mois

La victime habitait au 1er étage d’une belle maison de ville transformée en résidence où une dizaine de locataires occupent des studios. Un voisin vivant au rez-de-chaussée a profité de sa bienveillance pour lui demander de l’aider à héberger un ami à la rue depuis sa sortie de prison. « C’était il y a huit mois à peu près, se rappellent les amis de Fred, unanimes. Depuis, il ne sortait plus. On pense qu’il était séquestré. » La victime n’allait même plus acheter ses médicaments à la pharmacie.
Certains ont tenté de joindre leur ami au téléphone : « Il ne répondait pas, alors je laissais un message disant que je m’inquiétais que j’allais appeler la police et il me rappelait illico, en m’assurant que tout allait bien, qu’il n’avait pas de problème. »

D’autres ont essayé de rentrer dans l’appartement. Impossible. « On savait que ce qu’il se passait était louche, mais que faire dans un cas comme ça ? J’ai cherché à le faire parler la seule fois où j’ai pu l’aborder, mais il affirmait qu’il était heureux, soupire un voisin. Je suis persuadé que son colocataire et le voisin du rez-de-chaussée, lui ont pris son argent et ont profité de lui. »

La fenêtre et les volets toujours fermés de l’appartement, laissaient entrevoir l’éclairage d’un écran jusque tard dans la nuit. « Le voisin du rez-de-chaussée se vantait d’avoir des amis partis en Syrie », lâche un proche. « Il était radicalisé c’était évident, appuie un habitant de la rue. Je ne sais pas s’il avait réussi à convertir Fred qui était tellement vulnérable… »