Depuis le mois d’octobre 2006, cette ex-députée du Parti libéral est la première ministre noire de Suède, dans le nouveau gouvernement de droite. "Tant mieux si cela envoie un signal positif pour d’autres." Mais elle a peu de chose à dire sur la couleur de sa peau.

A peine nommée, cette joyeuse nature a affronté un feu nourri de critiques : "islamophobe", "l’Oncle Tom du gouvernement", "immigrée professionnelle", "chasseuse de musulmans", etc. Une éditorialiste d’un journal libéral décréta que moins elle en ferait, mieux cela serait. Des associations musulmanes ont lancé une pétition pour obtenir sa démission. Tout cela glisse sur elle sans l’émouvoir. Elle adore les débats conflictuels dans un pays où l’on ne supporte que les discussions consensuelles.
Seule sa couleur de peau trahit son ascendance étrangère. Elle assume les positions tranchées qu’elle a adoptées bien avant d’être ministre, mais qui, pour elle, tendent à protéger les jeunes filles issues de l’immigration victimes de la culture de l’honneur. Au sommaire de ses propositions : un examen gynécologique obligatoire des jeunes filles afin de prévenir l’excision, l’interdiction du voile pour les jeunes filles de moins de 15 ans, la suppression du financement public des écoles privées à caractère religieux, la criminalisation du mariage forcé.

Sans plus sembler s’en formaliser, elle a d’ailleurs expliqué que ces propositions dataient "d’avant" et que, désormais, elle se pliait à la politique du gouvernement, qui n’avait pas fait siennes ces idées. Mais elle reste persuadée du bien-fondé de son combat. Pour elle, ce n’est pas le christianisme contre l’islam, "mais le séculaire contre le religieux". Il se trouve, selon elle, que ce sont les musulmans qui sont visés quand on parle de risque à cause du poids de la religion dans la vie publique, "mais cela ne fait que rappeler ce risque en général, quelle que soit la religion".

La ministre vient d’une région de culture musulmane, mais elle est non croyante. Certains ont salué l’arrivée d’une Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américaine noire. Difficile de ne pas y voir plutôt une Ayaan Hirsi Ali, l’ancienne députée néerlandaise d’origine somalienne. Même âge, même famille politique, même lutte contre l’excision, même jeunesse en exil avec un père militant politique, même religion musulmane, même si les deux femmes ont vécu tout cela de manière bien différente.


Source : http://sabuni.wordpress.com/2007/06/...s-les-suedois/